Un Emploi stable, durable et partagé entre plusieurs entreprises : Adieu la routine !

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Interview de Mathilde POITEVINEAU Présidente du Groupement d’Employeurs.

Le candidat peut-il compter sur une situation stable en ayant plusieurs employeurs ?

Je pense que oui. L’intérêt du temps partagé, c’est justement de pouvoir casser la routine du salariat classique tel que nous l’entendons, à savoir, un CDI dans la même entreprise où nous allons rester toute notre vie. Je trouve que le temps partagé cumule l’avantage de l’enrichissement de plusieurs expériences professionnelles acquises dans plusieurs entreprises avec celui de la sécurité de l’emploi. Effectivement, les personnes en temps partagé ont un point d’ancrage dans leur carrière. Il s’agit du groupement d’employeurs qui reste finalement la balise que nous voyons toujours au loin. Il est là quand nous avons fini une mission pour ensuite, soit en attaquer une autre, soit nous former. Le groupement d’employeurs a, en effet, un plan de formation conséquent. Ce dernier aide le salarié à se renouveler entre deux missions, à se former pour évoluer. L’objectif peut être d’augmenter en compétences dans un domaine d’activité, ou au contraire, de partir complètement sur autre chose. Et cela, nous avons tendance à l’oublier. Dorénavant, il convient de se rappeler que le groupement d’employeurs contribue aussi à l’enrichissement des carrières professionnelles. Pour résumer, je trouve que le temps partagé est d’autant plus enrichissant que, non seulement, le salarié peut compter sur une situation stable, mais, tout en ayant une situation stable, il s’offre un parcours professionnel à la fois très riche et évolutif.

Le candidat peut-il s’assurer un temps plein en cumulant 2 à 3 contrats en temps partagé grâce au GEA ?

Oui, tout à fait. En illustration de ce constat, nous avons l’exemple de Patricia qui est assistante comptable au GEA depuis plusieurs années maintenant. Elle est plus qu’à temps plein puisqu’elle refuse même des entreprises supplémentaires. Elle partage son temps de travail, comme elle l’entend, entre différentes entreprises. Elle a même décidé de faire un petit peu de télétravail parce que la comptabilité s’y prête. En fait, pour s’éviter aussi de faire trop de route, elle s’accorde plusieurs fois dans le mois des journées de télétravail où elle travaille depuis chez elle. Et, elle est complètement à temps plein.

Un auto-entrepreneur peut-il accéder au salariat à temps partagé grâce au GEA tout en continuant à développer sa clientèle ?

C’est justement l’intérêt du temps partagé pour les auto-entrepreneurs. Nous avons un cas de figure. Il s’agit de Yannick Windels (vous venez de faire son interview sur le blog) qui est responsable qualité. Il intervient depuis plusieurs années pour DORMECA sur Pessac, une entreprise adhérente du GEA. Yannick travaille tous les jeudis et vendredis chez DORMECA. Auto-entrepreneur, ce fonctionnement lui convient parfaitement. l’avantage avec le GEA c’est qu’il est sûr que, quoi qu’il arrive, il a une source de revenus fixes. Cela lui fait quand même un petit matelas de sécurité si jamais il échoue dans son activité d’auto-entrepreneur.

L’auto-entrepreneur dispose t-il des mêmes avantages, de la même protection qu’un salarié, par rapport à ce contrat ?

Justement, c’est extrêmement intéressant. Le salarié en temps partagé qui est également auto-entrepreneur va bénéficier des droits au chômage, à due proportion évidemment de ses salaires, au même titre que n’importe quel salarié. La convention UNEDIC, que je connais bien, l’indique clairement: elle aborde le cas de figure d’une personne qui s’inscrit à Pôle Emploi pour faire valoir d’éventuelles aides au retour à l’emploi, les indemnisations pôle emploi pour le dire sans ambages. Pôle emploi va les calculer sur les revenus que la personne a perdus. Très concrètement, cela signifie que si vous étiez à la fois salarié et auto-entrepreneur, et que pour une raison X ou Y vous avez perdu votre travail salarié, donc vous n’avez plus que la partie auto-entrepreneur, vous êtes totalement en droit d’aller vous inscrire à Pôle emploi pour demander les aides Pôle emploi sur la partie salariale dont vous êtes désormais privée. Je trouve que c’est extrêmement avantageux parce que cela crée la sécurité d’un revenu. Nous savons qu’il y a un revenu quel qu’il soit, il peut être petit ou gros, mais qui est fixe. Les bénéficiaires ont, par conséquent, l’occasion de se consacrer à leur propre activité à côté, d’offrir à cette dernière le temps d’incubation qui est nécessaire à un projet de développement. Ensuite, soit nous continuons de rester sur ce système hybride, soit nous basculons complètement d’un côté ou de l’autre. Mais, au moins, le dispositif laisse le choix aux concernés tout en gardant cette sécurisation liée à l’existence d’une indemnité de chômage. Néanmoins, un changement est peut-être à prévoir puisqu’Emmanuel Macron a annoncé que, bientôt, tout le monde y aurait droit. La question ne se poserait même plus. Pour reprendre l’exemple de Yannick, il est responsable qualité en tant que salarié à temps partagé au GEA. Dans le même temps, il est auto-entrepreneur. Il est plus exactement consultant puisqu’il possède une société de consulting spécialisée en qualité industrielle. Grâce à son statut de salarié, il développe aussi sa clientèle en consultance. En fait, la partie salariée l’aide dans la mesure où en étant responsable qualité dans une entreprise,  il est amené à faire souvent des certifications, des audits durant lesquels il fait des connaissances (des auditeurs pour Veritas, pour l’Afnor etc.). Du coup, il s’est constitué son réseau. Nous le voyons clairement, le salariat en temps partagé l’aide dans son activité entrepreneuriale.

La routine au travail est-elle en voie d’extinction grâce au travail à temps partagé ?

Il y aura toujours des personnes qui auront besoin de la plus grande visibilité dans leur travail . Je pense aussi qu’il est déraisonnable de faire du temps partagé sur les sphères régaliennes telles l’éducation, la justice, la sécurité. Ce sont là des domaines où il faut rester cohérent, qui nécessitent un cadre fixé, stable. Quoi qu’il arrive, c’est très cadré. Je pense qu’il ne faut pas toucher à ces secteurs. En revanche, le temps partagé offre une vraie possibilité d’évolution à tout ce concerne l’économie « réelle », laquelle est soumise aux lois du marché. Le temps partagé regroupe plein de choses différentes. Nous, nous représentons la partie groupement d’employeurs. Mais le temps partagé est également appliqué dans les agences de community management par exemple. Le groupement d’employeurs ne forme qu’un pan du temps partagé. Mais, du coup, nous intégrons complètement le paysage du marché futur de l’emploi.

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